Combien vaut une œuvre de Pierre-Auguste Renoir ?
Figure majeure de l’impressionnisme, Pierre-Auguste Renoir (1841-1919) a un marché très étagé. Tout en haut, ses chefs-d’œuvre des années 1870-1885 — scènes de la vie parisienne, baigneuses, portraits — se comptent en millions d’euros ; son record, pour une version privée du « Bal du Moulin de la Galette », a atteint près de 78 millions de dollars lors d’une vente à New York en 1990. Mais l’essentiel de ce qui passe en vente publique est plus accessible : une belle huile se situe souvent entre 50 000 et 400 000 €, les petites toiles tardives entre 15 000 et 70 000 €, les dessins et pastels de 5 000 à 230 000 €, les estampes de quelques centaines à plus de 30 000 €, et les sculptures conçues avec Richard Guino de quelques milliers à près de 100 000 €. La période, le sujet, le format, la provenance et la signature font toute la différence.
Les peintures : le cœur de la cote
Ce sont les huiles qui portent le marché de Renoir, et la période compte plus que tout. Les œuvres impressionnistes des années 1870-1885 — scènes de la vie moderne, jeunes femmes, baigneuses, paysages lumineux — forment l’apogée et atteignent les sommes les plus élevées. Vient ensuite la période dite nacrée puis les années de Cagnes-sur-Mer (1890-1919) : nus, paysages du Midi, fleurs, portraits d’enfants, plus nombreux en vente et plus abordables. À sujet et qualité comparables, une figure ou un nu se valorise davantage qu’un paysage, lui-même souvent au-dessus d’une nature morte — même si une belle « Nature morte aux fraises » a dépassé 400 000 €. La taille, la fraîcheur de la touche et surtout la provenance (Vollard, Durand-Ruel, Bernheim-Jeune) pèsent lourd : une petite tête tardive part autour de 15 000 à 50 000 €, tandis qu’une toile aboutie et bien documentée dépasse aisément 200 000 €.
Signature, cachet d’atelier et catalogue raisonné
Beaucoup d’œuvres tardives ou issues de l’atelier ne sont pas signées de la main de Renoir mais portent un cachet de la signature ou un cachet d’atelier : elles sont authentiques, mais se situent généralement à un niveau différent d’une toile signée et pleinement aboutie. L’élément décisif reste l’inscription au catalogue raisonné : un avis d’inclusion au catalogue critique de l’artiste, aujourd’hui porté par le Wildenstein Plattner Institute, conforte nettement la valeur. À l’inverse, une « signature apocryphe » ou une mention « dans le goût de » doivent alerter. Avant toute estimation, l’examen de la signature, du cachet et de la documentation est donc essentiel.
Dessins, pastels et aquarelles
Dessinateur remarquable, Renoir a laissé de nombreuses sanguines, fusains, pastels et aquarelles — études de baigneuses, jeunes filles, portraits d’enfants. Les feuilles courantes se négocient le plus souvent entre 5 000 et 50 000 €, mais un pastel abouti et bien identifié peut aller beaucoup plus haut : « Deux jeunes filles lisant » a ainsi atteint 234 000 €. Comme pour les peintures, le sujet (figures plutôt que simples croquis), la technique, la provenance et l’état déterminent la fourchette.
Estampes : lithographies et eaux-fortes
C’est la porte d’entrée la plus accessible. Renoir a gravé et lithographié un corpus recherché, souvent édité par Vollard. La pièce phare, « Le Chapeau épinglé » (seconde planche, 1898), atteint de quelques milliers d’euros à plus de 30 000 € pour les rares épreuves en couleurs des premiers états. Les autres grands sujets — « L’Enfant au biscuit », « La Danse à la campagne » (vernis mou), « Les Enfants jouant à la balle », la suite des « Douze lithographies » — se situent le plus souvent entre quelques centaines et 12 000 €. Attention toutefois : les reproductions posthumes, héliogravures et tirages « d’après » n’ont qu’une valeur décorative (quelques dizaines à quelques centaines d’euros).
Les sculptures de Renoir et Richard Guino
En fin de vie, perclus de rhumatismes, Renoir a conçu une œuvre sculptée réalisée sous sa direction par Richard Guino, à l’initiative d’Ambroise Vollard. Bronzes (fondeurs Valsuani, Susse) et plâtres — « Vénus », « Maternité », « La Laveuse », « La danseuse au voile », « Coco » — se négocient de quelques milliers d’euros à près de 100 000 € pour une épreuve du vivant. Les épreuves fondues du vivant de l’artiste priment sur les fontes posthumes. Il faut aussi distinguer ces œuvres communes des sculptures signées de Richard Guino seul, qui relèvent d’un marché distinct et plus modeste.
Pièges : faux, « d’après » et homonymes
Le nom de Renoir attire les confusions. Méfiance d’abord envers les signatures apocryphes et les lots décrits « école impressionniste dans le goût de », « suiveur de » ou « d’après » : ce sont des copies, de valeur sans rapport avec une œuvre authentique. Ne pas confondre non plus le peintre avec son fils, le cinéaste Jean Renoir, dont les affiches, photographies et même céramiques portent parfois la signature « Jean Renoir », ni avec d’autres homonymes sans lien de parenté. Enfin, les livres, lettres et manuscrits relatifs à Renoir forment un marché à part. Seul un examen sérieux permet de trancher.
Quelques résultats relevés en vente publique
| Œuvre | Catégorie / technique | Résultat |
|---|---|---|
| « D’après Renoir », Maternité | Lithographie de reproduction | 387 € |
| « Le Petit paysage » | Eau-forte | 527 € |
| « La Danse à la campagne » | Estampe (vernis mou) | 4 096 € |
| « Coco » | Bronze (Renoir & Guino) | 12 350 € |
| « Roses », vers 1910 | Huile sur toile | 16 978 € |
| Tête d’enfant (fragment) | Huile sur toile | 17 920 € |
| « Le Chapeau épinglé » (2e pl.), 1898 | Lithographie en couleurs | 33 280 € |
| « Maternité » (Renoir & Guino) | Plâtre patiné | 38 000 € |
| Petite tête, 1882 | Huile sur toile | 40 300 € |
| Buste d’enfant, vers 1903 | Huile sur toile | 48 000 € |
| « Deux jeunes filles au bord de la mer » | Pastel et fusain | 50 500 € |
| « Le Village d’Essoyes », vers 1908 | Huile sur toile | 65 000 € |
| « Petite Vénus debout », épreuve du vivant (Renoir & Guino) | Bronze | 96 000 € |
| « La Rochelle », vers 1896 | Huile sur toile | 193 200 € |
| « Deux jeunes filles lisant », 1890 | Pastel | 234 000 € |
| « Nature morte aux fraises », 1908 | Huile sur toile | 402 219 € |
| « L’Enfant et ses jouets — Gabrielle et Jean » | Huile sur toile | 1 832 800 € |
Ce qu’un expert vérifie avant d’estimer un Renoir
Nos commissaires-priseurs commencent par identifier le médium (peinture, dessin, estampe, sculpture) et la période, puis examinent la signature ou le cachet d’atelier, la facture, le format et la provenance, avant de rechercher une inscription au catalogue raisonné. Ils distinguent une œuvre autographe d’une copie « dans le goût de », et une épreuve du vivant d’une fonte posthume. Pour d’autres maîtres impressionnistes et post-impressionnistes, voir par exemple Camille Pissarro ou Louis Valtat, et notre page dédiée à l’expertise de tableaux.
Pour aller plus loin, consultez notre cote des artistes.
Questions fréquentes
Combien vaut un tableau de Renoir ?
Les petites toiles tardives se situent souvent entre 15 000 et 70 000 €, les belles huiles entre 50 000 et 400 000 €, et les chefs-d’œuvre impressionnistes des années 1870-1885 atteignent plusieurs millions d’euros. La période, le sujet, le format, la provenance et la signature déterminent le prix. Une estimation précise suppose d’examiner l’œuvre et sa documentation.
Que vaut une œuvre portant le cachet d’atelier de Renoir ?
De nombreuses œuvres tardives ou issues de l’atelier portent un cachet de la signature ou un cachet d’atelier plutôt qu’une signature manuscrite. Elles sont authentiques, mais se situent en général à un niveau différent d’une toile signée et aboutie. L’avis d’inclusion au catalogue raisonné, aujourd’hui porté par le Wildenstein Plattner Institute, reste l’élément le plus rassurant pour la valeur.
Les estampes de Renoir ont-elles de la valeur ?
Oui, surtout les lithographies et eaux-fortes éditées du vivant de l’artiste. « Le Chapeau épinglé » peut dépasser 30 000 € pour les rares épreuves en couleurs des premiers états ; les autres grands sujets vont le plus souvent de quelques centaines à 12 000 €. En revanche, les reproductions posthumes et tirages « d’après » n’ont qu’une valeur décorative.
Les sculptures signées Renoir sont-elles vraiment de lui ?
En fin de vie, Renoir a conçu une œuvre sculptée exécutée par Richard Guino sous sa direction. Ces bronzes et plâtres sont donc des Renoir-Guino : les épreuves fondues du vivant valent davantage que les fontes posthumes, de quelques milliers à près de 100 000 €. Les sculptures signées de Guino seul relèvent d’un marché distinct et plus modeste.
Comment faire estimer une œuvre de Renoir ?
Réunissez des photos de l’œuvre, de la signature ou du cachet, du dos (cachets, étiquettes, inscriptions) et des dimensions, ainsi que tout document de provenance. Nos commissaires-priseurs vous répondent gratuitement sous 48 heures et précisent, dès l’examen, la période probable, le statut de la signature et s’il s’agit d’une œuvre autographe, d’une épreuve posthume ou d’une copie.
