En vente publique en France, ce que l’on voit le plus souvent passer sous le nom de Giacometti, ce sont les luminaires et objets qu’Alberto a créés dans les années 1930 pour le décorateur Jean-Michel Frank — lampes, lampadaires, pieds de lampe, vases en plâtre et en bronze. Ces pièces se négocient de quelques dizaines de milliers d’euros à plus d’un million selon le modèle et le matériau. Ses sculptures figuratives, elles, comptent parmi les plus chères au monde (record au-delà de 140 millions de dollars) mais passent presque exclusivement en vente internationale. Ses dessins se situent entre 7 000 et 35 000 €, ses estampes entre 1 900 et 8 000 €.

Qui est Alberto Giacometti, et pourquoi distinguer Alberto de Diego

Alberto Giacometti (1901-1966) est l’un des sculpteurs majeurs du XXe siècle. Après une période surréaliste, il met au point dans l’après-guerre ses figures filiformes, réduites à l’essentiel : ce sont elles qui atteignent des sommets en vente internationale. Mais dans les années 1930, il dessine aussi pour Jean-Michel Frank toute une série d’objets d’éclairage — et c’est cette part de son œuvre qui circule le plus en France.

Premier réflexe d’expert : Alberto ou Diego ? Son frère cadet Diego Giacometti (1902-1985) a créé des meubles et des bronzes animaliers — consoles, tables, lampadaires animaliers — qui forment un marché distinct, lui aussi très cher. Beaucoup de propriétaires possèdent « un Giacometti » sans savoir lequel des deux. Sur un bronze, la signature (Alberto ou Diego) et le numéro de référence tranchent. Nous traitons les deux plus bas.

Les luminaires pour Jean-Michel Frank : les pièces que l’on voit passer

C’est le cœur du marché Giacometti en France, et la catégorie la plus susceptible de « sortir » d’une collection ou d’une succession. Entre 1933 et la fin des années 1930, Alberto produit pour Jean-Michel Frank des lampes de table, des pieds de lampe, des lampadaires, des appliques et des vases, d’abord modelés en plâtre, puis édités en bronze. Chaque forme porte un nom devenu familier des amateurs. Voici les fourchettes relevées en vente publique, modèle par modèle.

Modèle (pour Jean-Michel Frank)MatériauFourchette observée
Applique « Masque coiffure »plâtre~ 65 000 €
Lampe « Calebasse »plâtre / albâtre40 000 – 75 000 €
Lampe « Étoile »bronze75 000 – 165 000 €
Lampe « Écossais »plâtre / bronze82 000 – 140 000 €
Lampe « Grecque »plâtre / terre cuite100 000 – 155 000 €
Pied de lampe « Tête de femme »bronze150 000 – 190 000 €
Lampe « Flambeau »plâtre / bronze165 000 – 465 000 €
Lampadaire « Étoile »bronze180 000 – 200 000 €
Lampadaire « Feuille »bronze~ 220 000 €
Lampadaire « Osselet »bronze220 000 – 275 000 €
Lampadaire « Figure »bronze~ 345 000 €
Lampadaire « Trompette »bronze~ 580 000 €
Lampe « Égyptienne » (anc. « Toutânkhamon »)plâtre450 000 – 950 000 €
Vase « Lotus »plâtre~ 1 000 000 €
Oiseau, dit « Albatros » (applique, bas-relief)plâtrejusqu’à ~ 3 000 000 €

Deux pièces tirent la catégorie vers le haut. L’Oiseau, dit communément Albatros — un bas-relief d’applique en plâtre conçu vers 1937 — a dépassé 3 millions d’euros pour une épreuve ancienne. Le vase Lotus en plâtre a atteint le million, et la lampe Égyptienne l’a approché. Ces records concernent les plâtres d’époque, les plus rares ; en bronze d’édition, les mêmes formes restent très précieuses mais plus accessibles.

La pièce la plus fréquente, en pratique, est le pied de lampe « Tête de femme » en bronze : on en voit passer régulièrement, entre 150 000 et 190 000 €. Viennent ensuite les lampes et lampadaires Étoile, qui constituent le gros des résultats. Sur chacun de ces objets, ce qui fait le prix : le matériau (plâtre d’origine ou bronze d’édition), l’état, et surtout le numéro de référence gravé par la Fondation Giacometti.

Les meubles et bronzes de Diego Giacometti

Si vous possédez une console, une table basse ou un bronze animalier signé Giacometti, il s’agit très probablement d’une œuvre de Diego (1902-1985), le frère d’Alberto. Sculpteur et créateur de mobilier, Diego a un marché propre, lui aussi de premier plan. Ses meubles-sculptures en bronze, au piètement orné d’animaux et de feuillages, comptent parmi les plus recherchés du XXe siècle.

Pièce de Diego GiacomettiFourchette observée
Bronzes animaliers (Chat, Cerf, Renard…)50 000 – 200 000 €
Tables basses et guéridons-sculptures en bronze~ 500 000 €
Consoles-sculptures en bronzejusqu’à ~ 3 000 000 €

Pour donner des repères concrets : une console au décor de biche, d’arbre et de renard a dépassé 2,9 millions d’euros, une table basse modèle Torsade a atteint environ 530 000 €, le célèbre Chat maître d’hôtel s’est vendu autour de 195 000 €, et un petit bronze comme Le Cerf autour de 50 000 €. Comme chez Alberto, la signature, la patine et la cohérence du modèle avec l’œuvre documentée font la valeur — et écartent les copies.

Et ses sculptures ?

Les sculptures figuratives d’Alberto sont la part la plus prestigieuse de son œuvre, mais aussi la plus rare sur le marché : elles changent peu de mains et presque toujours en grande vente internationale. L’Homme au doigt (1947) a été adjugé plus de 140 millions de dollars — la sculpture la plus chère jamais vendue aux enchères — et L’Homme qui marche a dépassé 65 millions de livres. En France, une sculpture authentique reste exceptionnelle ; quand il s’en présente une, elle se compte en centaines de milliers d’euros, comme un bronze Petit Monstre passé au-delà de 800 000 €. La période, la fonte, le numéro d’édition et la certification du Comité Giacometti commandent tout.

Dessins, estampes et livres : la part accessible

C’est le segment où un particulier a le plus de chances de posséder une œuvre. Voici les fourchettes relevées en vente publique.

Type d’œuvreFourchette observée
Dessins (crayon, encre, stylo bille)7 000 – 35 000 €
Estampes originales (lithographies, eaux-fortes signées)1 900 – 8 000 €
Livres illustrés (Maeght, GLM, Tériade)2 000 – 30 000 €

Ses dessins de têtes, d’ateliers et de rues — parfois sur un simple morceau de revue ou une enveloppe — sont très recherchés dès lors qu’ils sont référencés par la base de données Giacometti. Parmi les estampes, les lithographies du recueil Paris sans fin et les autoportraits dédicacés tiennent le haut du panier.

Ce qui fait monter ou baisser la valeur

La certification du Comité Giacometti. C’est le point décisif, pour une lampe comme pour une sculpture ou un dessin. Une pièce référencée par le Comité ou la Fondation Alberto et Annette Giacometti, avec son numéro — souvent gravé « AG » suivi d’un nombre —, se vend dans de bonnes conditions ; sans cette validation, le doute pèse lourd sur le prix. Pour une pièce importante, le certificat conditionne la vente.

Alberto, Diego, ou « d’après ». Outre la confusion entre les deux frères, le marché compte des modèles « d’après Giacometti » — par exemple des pieds de lampe réalisés en Angleterre pour Syrie Maugham — et des pastiches « dans l’esprit de ». Ces objets valent une fraction d’un original et ne doivent jamais être confondus avec une pièce authentique.

Le matériau et l’édition. Pour les luminaires, un plâtre d’époque ou un bronze d’édition ancienne prime nettement sur une fonte tardive. Pour les sculptures, la période et le numéro de fonte font le prix. Pour les estampes, le tirage, la signature au crayon et la dédicace comptent. Et toujours : la provenance — Jean-Michel Frank, une grande galerie, une collection connue — rassure et fait monter l’estimation.

Résultats observés en vente publique

Un éventail de résultats récents pour Alberto Giacometti, de l’estampe au lampadaire en bronze. Ils donnent une idée concrète des paliers selon le type d’œuvre.

ŒuvreTypeRésultat
Bouquet IIeau-forte originale1 950 €
Retour amont (René Char)livre illustré, eaux-fortes2 200 €
Rue d’Alésialithographie en couleurs2 505 €
Autoportrait, 1965lithographie signée5 000 €
Têtes, vers 1955dessin au crayon10 000 €
Deux personnages, vers 1941dessin au crayon13 650 €
Arbres à Stampa, 1953dessin au crayon33 800 €
Pied de lampe « Tête de femme »bronze (pour J.-M. Frank)168 960 €
Lampe « Étoile », vers 1935bronze (pour J.-M. Frank)156 000 €
Lampadaire « Étoile »bronze (pour J.-M. Frank)201 500 €
Lampadaire « Osselet », vers 1936bronze (pour J.-M. Frank)273 000 €
Lampe « Flambeau », vers 1934plâtre teinté (pour J.-M. Frank)463 750 €
Lampadaire « Trompette », vers 1935bronze (pour J.-M. Frank)580 000 €

Résultats relevés en vente publique aux enchères en France ; prix au marteau, hors frais d’adjudication. Nos commissaires-priseurs suivent en continu les ventes et les résultats diffusés en direct, notamment sur Drouot Live.

Vous estimez une autre signature de l’art moderne ? Voir aussi nos repères sur la cote de Georges Braque et de Man Ray.

Faire estimer et vendre une œuvre de Giacometti

Pour une lampe, un meuble ou une sculpture, l’expertise et la certification sont déterminantes. Préparez des photos nettes sous plusieurs angles, du dessous et de toute marque ou numéro (le « AG » de la Fondation, une signature Alberto ou Diego, un cachet de fondeur), et rassemblez tout document de provenance. Pour un dessin ou une estampe, photographiez le recto, le verso, la signature, et indiquez les dimensions.

Nos commissaires-priseurs vous adressent un avis sous 48 h et, selon la pièce, vous orientent vers la vente la mieux adaptée. L’estimation est gratuite et sans engagement.

Questions fréquentes

Comment savoir si c’est Alberto ou Diego Giacometti ?

Les deux frères ont des marchés distincts : Alberto pour les sculptures et les luminaires créés pour Jean-Michel Frank, Diego pour le mobilier (consoles, tables) et les bronzes animaliers. La signature (Alberto ou Diego), le modèle et le numéro de référence permettent de trancher. En cas de doute, une expertise est indispensable.

Combien vaut une lampe de Giacometti ?

Les lampes et lampadaires d’Alberto créés pour Jean-Michel Frank se négocient le plus souvent de 65 000 à 580 000 € en bronze ; les modèles en plâtre d’époque, plus rares, vont de 40 000 € à plus d’un million pour l’Albatros ou le vase Lotus. Le modèle, le matériau et la référence de la Fondation Giacometti font la valeur.

Combien vaut une console de Giacometti ?

Les consoles sont l’œuvre de Diego Giacometti. Ses consoles-sculptures en bronze peuvent atteindre plusieurs millions d’euros (une console a dépassé 2,9 M€), ses tables basses environ 500 000 €, et ses bronzes animaliers de 50 000 à 200 000 €.

Faut-il un certificat du Comité Giacometti ?

Pour une œuvre importante, c’est déterminant. Une pièce référencée par le Comité ou la Fondation Alberto et Annette Giacometti, avec son numéro, se vend dans de bien meilleures conditions. Sans cette validation, le prix s’en ressent fortement.

Comment faire estimer une œuvre de Giacometti ?

Envoyez des photos sous plusieurs angles, des marques et numéros, avec les dimensions, via notre formulaire d’estimation gratuite. Joignez tout document de provenance. Vous recevez un avis de nos commissaires-priseurs sous 48 h.