« Attribué à », « école de », « dans le goût de », « signé »… Dans un catalogue de vente, chaque mot a un sens juridique précis, fixé par le décret du 3 mars 1981. Certaines formules garantissent l’auteur, d’autres n’apportent aucune garantie. Savoir les décoder, c’est savoir ce que l’on vend ou ce que l’on achète. Voici le glossaire complet, formule par formule.
Les chiffres clés
« Par » ou « de [artiste] » garantit que l’œuvre est de la main de l’artiste.
« Attribué à » signale de sérieuses présomptions, sans certitude.
« Atelier de » désigne une œuvre issue de l’atelier ; « école de », un élève ou un suiveur.
« Dans le goût de », « manière de », « d’après », « façon de » n’apportent aucune garantie d’auteur.
Ces définitions découlent du décret du 3 mars 1981 (décret Marcus).
Pourquoi les mentions du catalogue sont-elles réglementées ?
Parce qu’elles engagent la garantie du vendeur et de la maison de ventes. Le décret du 3 mars 1981, dit décret Marcus, encadre la dénomination des œuvres d’art pour éviter les fraudes : chaque formule traduit un degré de certitude différent sur l’auteur et l’époque. Une même œuvre peut valoir très différemment selon la mention employée.
Comprendre ce vocabulaire est donc essentiel avant de vendre comme d’acheter. Il prolonge les principes posés dans notre fiche la garantie d’authenticité et le décret Marcus.
Que garantissent « par » et « de [artiste] » ?
Les formules « par [artiste] », « de [artiste] » garantissent que l’œuvre a été exécutée par l’artiste lui-même. C’est le plus haut degré de certitude. La mention d’une époque ou d’une période, associée à un nom, garantit que l’œuvre a bien été produite à cette période. C’est la garantie la plus forte qu’offre un catalogue.
De même, l’indication « signé », accompagnée du nom de l’artiste, affirme que la signature est de sa main. À distinguer de « porte la signature de » ou « porte une signature », qui constate seulement la présence d’une signature sans en garantir l’authenticité.
Que signifie « attribué à » ?
La mention « attribué à [artiste] » indique qu’il existe de sérieuses présomptions que l’œuvre soit de l’artiste, sans certitude absolue. C’est une formule prudente : elle situe l’œuvre dans la période de l’artiste, mais n’affirme pas qu’elle est de sa main. Elle introduit un aléa assumé par les deux parties.
Cet aléa est juridiquement important : en achetant une œuvre « attribuée à », l’acheteur accepte l’éventualité qu’elle ne soit pas de l’artiste, et le vendeur, qu’elle le soit. Cette incertitude acceptée limite, en principe, les possibilités d’annulation ultérieure — sauf si le vendeur a sciemment caché la vérité.
Attention
« Attribué à » n’est pas une garantie d’authenticité. C’est une probabilité sérieuse, pas une certitude. Si vous achetez sur cette mention, vous acceptez une part de risque ; si vous vendez ainsi, vous vous protégez d’une contestation, mais vous valorisez moins l’œuvre qu’avec un « de » assuré.
Que valent « atelier de », « entourage de », « école de » ?
Ces formules éloignent progressivement de l’artiste. « Atelier de » désigne une œuvre réalisée dans l’atelier du maître, sous sa direction. « Entourage de » évoque un proche ou un collaborateur. « École de [artiste] » désigne un élève ou un suiveur travaillant dans sa manière, généralement de son vivant ou dans les cinquante ans suivant sa mort. « École [lieu] » renvoie à un foyer artistique (école de Fontainebleau, par exemple).
Plus on s’éloigne du nom du maître, plus la garantie d’auteur s’atténue — et plus la valeur baisse. Ces nuances ne sont pas des subtilités de spécialistes : elles déterminent ce que vous achetez réellement.
Quelles formules n’apportent aucune garantie ?
Plusieurs mentions signalent une simple parenté de style, sans aucune garantie d’auteur ni d’époque : « dans le goût de », « manière de », « genre de », « style », « d’après », « façon de ». Elles indiquent une ressemblance ou une inspiration, rien de plus. Un objet « dans le goût de Louis XV » n’est pas d’époque Louis XV.
| Mention | Ce qu’elle garantit |
|---|---|
| « Par » / « de [artiste] » | Œuvre de la main de l’artiste |
| « Signé [artiste] » | Signature de la main de l’artiste |
| « Attribué à » | Présomptions sérieuses, sans certitude |
| « Atelier de » | Œuvre de l’atelier, sous direction du maître |
| « École de [artiste] » | Élève ou suiveur |
| « Dans le goût / manière / d’après » | Aucune garantie d’auteur ni d’époque |
Avant de vous engager, lisez attentivement la mention exacte : c’est elle qui définit la garantie. En cas de doute sur l’authenticité, voyez nos fiches le certificat d’authenticité et le catalogue raisonné.
Ce que chaque mention garantit
Ces formules ne sont pas du vocabulaire décoratif : chacune engage juridiquement la maison de ventes, en application du décret Marcus (décret n° 81-255 du 3 mars 1981). Un mot près, la garantie — et donc la valeur — change.
| Mention au catalogue | Ce qu’elle garantit |
|---|---|
| « [Nom de l’artiste] », « par » ou « de [artiste] », ou artiste suivi du titre | L’œuvre a été exécutée par l’artiste lui-même. |
| Mention d’une signature ou d’une estampille (sauf réserve expresse) | Garantit que l’artiste désigné en est l’auteur. |
| « Attribué à [artiste] » | Œuvre exécutée pendant la période d’activité de l’artiste, avec des présomptions sérieuses qu’il en est l’auteur. |
| « Atelier de [artiste] » | Œuvre exécutée dans l’atelier du maître ou sous sa direction. |
| « École de [artiste] » | Auteur élève du maître ou ayant subi son influence (œuvre du vivant du maître, ou moins de 50 ans après sa mort). |
| « École de [lieu] » | Œuvre exécutée pendant le mouvement et par un artiste y ayant participé. |
| Dénomination suivie d’une période, d’un siècle ou d’une époque | Production garantie au cours de cette période ; toute partie postérieure doit être signalée. |
| « Dans le goût de », « manière de », « genre de », « d’après », « façon de », « style » | Aucune garantie d’auteur ni d’époque. |
Le conseil du commissaire-priseur
Lisez la notice de votre lot mot à mot. « Attribué à » n’est pas « par » ; « école de » n’est pas « atelier de ». Si la rédaction vous paraît floue, demandez à la maison sur quelle base repose la mention retenue.
Questions fréquentes
Non. « Attribué à » signale de sérieuses présomptions, pas une certitude. L’acheteur accepte l’éventualité que l’œuvre ne soit pas de l’artiste : c’est un aléa assumé, qui limite en principe les recours, sauf dissimulation du vendeur.
« Signé [artiste] » garantit que la signature est de la main de l’artiste. « Porte la signature de » constate seulement la présence d’une signature, sans en garantir l’authenticité. La nuance est juridiquement décisive.
« École de [artiste] » désigne un élève ou un suiveur, généralement du vivant du maître ou dans les cinquante ans suivant sa mort. Cela situe l’œuvre dans une mouvance, sans garantir qu’elle soit de l’artiste lui-même.
Cette mention n’apporte aucune garantie d’auteur ni d’époque : l’objet est seulement réalisé dans un style donné. Il peut être ancien ou récent, sans rapport direct avec l’artiste ou la période évoquée.
Article mis à jour en juin 2026. Contenu informatif général ; en cas de litige sur l’authenticité d’une œuvre, consultez un avocat ou un professionnel du droit, car chaque situation est particulière.
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