Combien vaut une œuvre de Lubin Baugin ?

Lubin Baugin (Pithiviers, vers 1612 – Paris, 1663) est l’un des grands noms de la peinture française du XVIIe siècle, célèbre pour ses natures mortes dépouillées. Mais celles-ci sont presque toutes au musée : le marché porte en réalité sur ses peintures religieuses et mythologiques. Une œuvre autographe signée peut y atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros, jusqu’à 235 000 € pour un cuivre exceptionnel. Les œuvres données « attribué à », « entourage de » ou « suiveur de » Baugin, bien plus nombreuses, se situent le plus souvent entre 450 € et 2 600 €. Quant aux reproductions de ses natures mortes célèbres, elles ne valent que quelques euros. Tout dépend donc du statut exact de l’œuvre.

Fourchettes de prix par statut

Statut de l’œuvreFourchette observée
Peinture autographe signée (cuivre, toile)8 000 € – 235 000 €
Œuvre attribuée ou dessin attribué1 500 € – 2 600 €
Entourage, suiveur, « dans le goût de »450 € – 1 450 €
Reproductions des natures mortes célèbresquelques euros

Le paradoxe Baugin : célèbre pour des natures mortes introuvables

Le grand public connaît Baugin pour une poignée de natures mortes d’une sobriété saisissante : le fameux Dessert de gaufrettes et la Nature morte à l’échiquier, conservés au Louvre. Ces tableaux ont fait sa gloire posthume et figurent dans tous les manuels. Le problème, pour le marché, est qu’ils n’y sont jamais : ce corpus, très restreint, appartient aux collections publiques. Ce que l’on rencontre en vente sous ce titre, ce sont des reproductions et impressions de la gaufrettes, qui se vendent quelques euros et n’ont aucune valeur d’original. Espérer trouver une nature morte autographe de Baugin relève donc de l’exception absolue.

Les peintures religieuses et mythologiques, le vrai marché

L’essentiel de l’activité de Baugin fut la peinture religieuse et mythologique, nourrie de modèles italiens — Raphaël, le Parmesan, Guido Reni — au point qu’on l’a surnommé « le petit Guide ». Vierges à l’Enfant, Saintes Familles, Crucifixions, scènes mythologiques : c’est là que se trouve le marché. Quand l’œuvre est autographe et bien documentée, les prix montent vite. Un cuivre signé représentant Adam et Ève pleurant Abel a atteint 235 000 €, très au-delà de son estimation ; une Éducation de la Vierge sur toile a fait 79 300 € ; un petit cuivre figurant une Vierge à l’Enfant 8 060 €. Le support (le cuivre, qu’il affectionnait), la signature, la provenance et la qualité d’exécution font toute la différence.

Autographe, attribué, entourage, suiveur : des écarts décisifs

Comme pour la plupart des maîtres anciens, c’est la mention d’attribution qui commande la valeur. Une œuvre « de » Lubin Baugin, reconnue de sa main, n’a rien à voir avec un tableau « attribué à », « entourage de », « suiveur de » ou « dans le goût de » lui. Les chiffres parlent : là où un autographe se compte en dizaines de milliers d’euros, un dessin ou un panneau « attribué à » se négocie entre 1 500 € et 2 600 €, et une toile de « suiveur » ou « dans le goût de » entre 450 € et 1 450 €. L’écart se joue sur un mot, et ce mot dépend d’une expertise. La monographie de référence publiée par la Réunion des musées nationaux et les travaux consacrés à l’artiste, notamment l’exposition de ses œuvres religieuses et mythologiques, servent de points d’appui aux spécialistes.

La question des « deux Baugin »

Un point a longtemps divisé les historiens : la main qui signe les natures mortes « Baugin » est-elle bien celle du peintre religieux Lubin Baugin ? Les deux activités sont si différentes que certains y ont vu deux artistes distincts. La recherche moderne tend à les réunir sous une même personnalité, mais le débat illustre à quel point l’œuvre de Baugin demande prudence. À cela s’ajoutent les nombreuses copies et pastiches du Dessert de gaufrettes, réalisés du XIXe siècle à nos jours, qu’il ne faut pas confondre avec un original. Face à un tableau présenté comme un Baugin, la première question reste donc toujours la même : de quelle main, et de quelle époque ?

Compte tenu de ces enjeux, l’avis d’un spécialiste est indispensable. Nos commissaires-priseurs vous répondent à partir de photographies nettes (l’œuvre entière, la signature, le dos et le support, les inscriptions) avec une fourchette argumentée. Vous pouvez aussi consulter notre page dédiée à l’expertise de tableaux.

Quelques résultats observés en vente publique

Voici une sélection de résultats relevés en vente publique, du tableau « dans le goût de » Baugin au cuivre autographe, qui montre l’ampleur de l’écart selon l’attribution.

ŒuvreTechniqueRésultat
Vierge à l’Enfant (dans le goût de Baugin, XIXe siècle)Huile sur toile450 €
La Vierge de l’Annonciation (suiveur de Baugin)Huile sur toile943 €
Apollon et Daphné (suiveur de Baugin)Huile sur panneau1 150 €
Lamentation de la Vierge (entourage de Baugin)Huile sur zinc1 430 €
La Crucifixion entre saint Jean, la Vierge et la Madeleine (attribué à Baugin)Panneau de chêne1 512 €
Vierge à l’Enfant avec sainte Élisabeth et saint Jean-Baptiste (attribué à Baugin)Sanguine, crayon noir et lavis2 600 €
Vierge à l’Enfant (Lubin Baugin)Huile sur cuivre8 060 €
L’Éducation de la Vierge (Lubin Baugin)Huile sur toile79 300 €
Adam et Ève pleurant Abel (Lubin Baugin, signé)Huile sur cuivre235 000 €

Résultats constatés en vente publique ; selon les maisons, ils peuvent s’entendre frais inclus. Les mentions entre parenthèses (attribué à, entourage, suiveur, dans le goût de) indiquent le statut retenu par l’expert : c’est lui qui explique l’écart de prix. Seule l’analyse de votre œuvre permet de la situer.

Faire estimer une œuvre de Lubin Baugin

Pour estimer une œuvre de Lubin Baugin, tout commence par la question du statut : autographe, attribué, entourage, suiveur ou copie tardive. C’est elle qui sépare une valeur de quelques centaines d’euros d’une cote à six chiffres. Le support compte aussi beaucoup : Baugin a souvent peint sur cuivre, et un cuivre signé bien conservé constitue le haut du marché. Nos commissaires-priseurs établissent une fourchette argumentée à partir de bonnes photographies, en examinant la signature, le support et la provenance.

L’estimation est gratuite et sans engagement. Pour situer Baugin parmi les maîtres français du XVIIe siècle, parcourez notre cote des artistes.

Questions fréquentes

Peut-on acheter une nature morte de Lubin Baugin ?

C’est extrêmement rare. Ses natures mortes célèbres, comme le Dessert de gaufrettes, sont au Louvre. Ce que l’on trouve en vente sous ce titre relève presque toujours de la reproduction ou de la copie, qui ne vaut que quelques euros. Le marché des œuvres autographes concerne avant tout ses peintures religieuses et mythologiques.

Combien vaut un tableau religieux autographe de Baugin ?

Quand l’attribution est ferme et l’œuvre bien conservée, les prix vont de quelques milliers d’euros à plusieurs dizaines de milliers, voire au-delà : un cuivre signé a atteint 235 000 €. Le support, la signature, la provenance et la qualité d’exécution sont déterminants.

Que signifie « attribué à » ou « suiveur de » Baugin ?

« Attribué à » indique une œuvre vraisemblablement de sa main, sans certitude absolue ; « entourage de » un artiste proche ; « suiveur de » ou « dans le goût de » une œuvre dans son style, souvent postérieure. Ces statuts se négocient de quelques centaines à environ 2 600 €, loin d’un autographe reconnu.