Combien vaut une œuvre d’Ernest Meissonier ?
Le destin de Meissonier sur le marché est un renversement. De son vivant, à la fin des années 1880, il était le peintre le plus cher du monde : ses grandes scènes historiques se vendaient 100 000 à 200 000 francs, sommes colossales pour l’époque. Ces tableaux achevés sont aujourd’hui presque tous en musée, du musée d’Orsay au Metropolitan, et quand l’un d’eux reparaît à l’international, il atteint encore plusieurs centaines de milliers d’euros. Mais sa peinture académique a connu un long purgatoire, et le marché courant est désormais bien plus mesuré. Ce qui circule, ce sont surtout ses petits panneaux et ses études — fumeurs, mousquetaires, figures militaires — de l’ordre de 500 à 20 000 €, ses dessins et aquarelles (souvent estampillés de la vente d’atelier de 1893), de 400 à 8 000 €, et ses bronzes, le plus souvent en éditions posthumes, de 1 500 à 30 000 €. La question décisive est donc : panneau autographe, étude de l’atelier, ou copie tardive ?
Les petits panneaux : le cœur du marché
La gloire de Meissonier tient à un format : le petit panneau de bois (chêne ou acajou), peint avec une minutie d’orfèvre et monogrammé « EM ». Fumeurs et lecteurs en costume du XVIIe siècle, mousquetaires, grenadiers et cuirassiers napoléoniens : ces scènes de quelques centimètres se négocient le plus souvent entre 500 et quelques milliers d’euros, et bien davantage pour une composition aboutie ou une provenance prestigieuse — « Le Peintre à son chevalet » de 1852, passé par la collection Rothschild, a atteint 20 480 €. Beaucoup de panneaux que l’on rencontre sont en réalité des études préparatoires à ses grands tableaux de bataille, en particulier « 1807, Friedland », conservé au Metropolitan : une « étude de cuirassier chargeant » pour cette toile s’est vendue 14 881 €.
Le cachet de la vente d’atelier de 1893
Un repère revient sans cesse sur le marché : un cachet de cire rouge au revers, mention « vente Meissonier 1893 ». À la mort de l’artiste, le contenu de son atelier fut dispersé à la galerie Georges Petit, à Paris, en mai 1893 — des centaines d’études, panneaux et dessins, chacun marqué de ce sceau. Cette estampille est une garantie de provenance précieuse : elle atteste qu’une œuvre vient bien de l’atelier de Meissonier, ce qui rassure sur l’authenticité et soutient la valeur. Un panneau ou un dessin portant ce cachet, avec son numéro de vente, part presque toujours mieux qu’une feuille sans historique.
Dessins, aquarelles et gouaches
Meissonier dessinait sans relâche, surtout des figures militaires et des études de chevaux pour ses compositions. Les feuilles abouties, à l’aquarelle et à la gouache, sont les plus recherchées : un mousquetaire ou un lancier en pied se situe le plus souvent entre 1 200 et 2 200 €, tandis qu’une grande esquisse pour une scène de bataille monte plus haut — une « Charge du 14e dragons à Friedland », au crayon rehaussé de lavis et de gouache, a atteint 7 800 €. Les petites études au crayon, elles, restent accessibles, de quelques centaines d’euros à un millier. Là encore, le cachet de 1893 et la qualité d’exécution font la différence.
Les bronzes : surtout des éditions posthumes
Meissonier a aussi modelé : il sculptait des figures de cavaliers pour étudier le mouvement et la lumière avant de peindre. La plupart des bronzes vus en vente sont des éditions posthumes, fondues par Siot-Decauville ou portant la marque « Vve E. Meissonier » (sa veuve), des années 1890 aux années 1920 : un « hussard à cheval » de ce type s’est vendu 3 450 €. Une fonte ancienne et soignée peut faire beaucoup mieux — un « Général Duroc à Castiglione » a atteint 28 750 €, et un grand bronze rare comme « Le Voyageur » a dépassé 140 000 € lors d’une vente internationale. À distinguer des rééditions modernes « d’après », sans valeur comparable.
Copies et « d’après » : rester vigilant
Les compositions célèbres de Meissonier — « 1807, Friedland », « 1814, Campagne de France », « Napoléon à Soissons » — ont été abondamment reproduites. On les retrouve en copies peintes « dans le goût de » ou « suiveur de » Meissonier, en gravures, en plaques émaillées (notamment de Sarlandie « d’après Meissonier ») ou en assiettes de porcelaine. Ces objets valent de quelques dizaines à quelques centaines d’euros, parfois davantage pour une belle copie ancienne. Une inscription « Meissonier », ou la reprise d’une composition fameuse, ne garantit donc rien : seule l’examen de la facture, du support et du monogramme permet de trancher entre un original et une œuvre d’après.
Quelques résultats relevés en vente publique
| Œuvre (nature) | Technique | Résultat |
|---|---|---|
| Suiveur de Meissonier, soldats (suite de panneaux) | Huile sur panneau | 380 € |
| « Le jeu de dés », dans le goût de Meissonier | Huile sur panneau | 479 € |
| « Grenadier de la Garde », étude pour Friedland (cachet 1893) | Huile sur panneau | 600 € |
| Portrait en pied d’un mousquetaire (signé) | Huile sur panneau d’acajou | 650 € |
| « Hallebardier » (cachet de cire, vente 1893) | Huile sur panneau d’acajou | 1 000 € |
| « Mousquetaire dans la taverne » (monogrammé) | Huile sur panneau | 1 250 € |
| « Le trompette des mousquetaires », 1887 | Aquarelle et gouache | 2 200 € |
| « Chevalier assis » (cachet vente 1893) | Fusain, sanguine et gouache | 2 210 € |
| « Hussard à cheval » (édition posthume Siot-Decauville) | Bronze à patine brune | 3 450 € |
| « Étude de cheval, tête tournée » (cachet 1893) | Huile sur panneau | 4 000 € |
| « Le fumeur de pipe » | Huile sur panneau | 5 000 € |
| « Charge du 14e dragons à Friedland » (étude) | Crayon, lavis et gouache | 7 800 € |
| « L’homme en habit rouge à la pipe », 1867 | Huile sur panneau | 10 000 € |
| « Cuirassier chargeant », 1866 (étude pour Friedland) | Huile sur panneau | 14 881 € |
| « Le Peintre à son chevalet », 1852 (ex-collection Rothschild) | Huile sur panneau de chêne | 20 480 € |
| « Le Général Duroc à Castiglione » | Bronze à patine brune | 28 750 € |
Ce qu’un expert vérifie avant d’estimer une œuvre de Meissonier
Nos commissaires-priseurs commencent par classer l’œuvre : panneau autographe, étude d’atelier, dessin, bronze ou copie « d’après ». Comptent ensuite le support (le petit panneau de chêne ou d’acajou est sa signature), la finesse de la facture, le monogramme « EM » lié, le cachet de cire de 1893 et la provenance. Pour un bronze, l’examen porte sur le fondeur, la marque et la qualité de la fonte. Beaucoup de compositions ne sont connues que par leurs reproductions, ce qui exige de la prudence. Contemporain et figure de l’art académique du XIXe siècle, Meissonier voisine d’autres grands noms du siècle comme Gustave Doré : un même soin d’expertise s’y applique.
Pour aller plus loin, voir notre expertise de tableaux et notre cote des artistes.
Questions fréquentes
Combien vaut un tableau d’Ernest Meissonier ?
Ses grandes scènes historiques achevées atteignent plusieurs centaines de milliers d’euros à l’international, mais elles sont presque toutes en musée. En vente courante, on rencontre surtout ses petits panneaux de genre et ses études — fumeurs, mousquetaires, militaires — dont la valeur va le plus souvent de 500 à 20 000 € selon le sujet, la finesse et la provenance.
Qu’est-ce que le « cachet de la vente Meissonier 1893 » sur mon œuvre ?
C’est un cachet de cire rouge apposé au revers lors de la dispersion de l’atelier de l’artiste à la galerie Georges Petit, en mai 1893. Il atteste que l’œuvre provient bien de l’atelier de Meissonier : c’est une garantie de provenance recherchée, qui rassure sur l’authenticité et soutient la valeur.
Mon bronze de Meissonier est-il une œuvre originale ?
La plupart des bronzes en circulation sont des éditions posthumes, fondues par Siot-Decauville ou marquées « Vve E. Meissonier », des années 1890 aux années 1920 ; ils valent le plus souvent de 1 500 à quelques milliers d’euros. Une fonte ancienne et soignée peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros, tandis qu’une réédition moderne « d’après » a une valeur bien moindre.
J’ai une scène napoléonienne « d’après » Meissonier : a-t-elle de la valeur ?
Ses compositions célèbres ont été très reproduites : copies peintes « suiveur de » ou « dans le goût de », gravures, plaques émaillées, assiettes de porcelaine. Ces objets valent généralement de quelques dizaines à quelques centaines d’euros. Une inscription « Meissonier » ou la reprise d’une composition connue ne garantit pas un original ; seule l’expertise tranche.
Comment faire estimer une œuvre de Meissonier ?
Réunissez des photos de l’œuvre, du dos, du monogramme, des cachets et des éventuelles étiquettes, ainsi que ce que vous savez de sa provenance. Nos commissaires-priseurs vous répondent gratuitement sous 48 heures et précisent, dès l’examen, s’il s’agit d’un panneau autographe, d’une étude, d’un bronze ou d’une copie.
