Combien vaut une œuvre de Dora Maar ?

Dora Maar (Henriette Théodora Markovitch, 1907-1997) a mené deux carrières, et son marché s’en ressent. Ses photographies des années 1930, le sommet de sa cote, se sont adjugées de 1 400 € à 36 400 € en tirage d’époque, tandis que les tirages posthumes réalisés d’après ses négatifs restent le plus souvent entre 400 € et 1 200 €. Ses peintures à l’huile sur toile vont de 1 500 € à près de 9 750 €, ses huiles et œuvres sur papier de 150 € à 3 500 €, ses encres, gouaches et aquarelles de 120 € à 2 000 €. Attention : un portrait d’elle peint par Picasso est un Picasso, et relève d’un tout autre marché.

Fourchettes de prix par catégorie

CatégorieFourchette observée
Photographies, tirages d’époque (années 1930)1 400 € – 36 400 € selon le sujet
Photographies, tirages posthumes (d’après ses négatifs)400 € – 1 200 €
Peintures à l’huile sur toile1 500 € – 9 750 €
Huiles et œuvres sur papier150 € – 3 500 €, exceptionnellement plus
Encres, gouaches, aquarelles, dessins120 € – 2 000 €

Les photographies des années 1930, le sommet de sa cote

C’est par la photographie que Dora Maar est entrée dans l’histoire de l’art, et c’est là que se trouvent ses prix les plus élevés. Sa période surréaliste — photomontages, collages, nus, mises en scène oniriques — et ses portraits de l’avant-garde (Picasso, Paul et Nusch Éluard, André Breton, René Crevel) sont aujourd’hui recherchés dans le monde entier. Les tirages d’époque, signés au dos de sa main, se situent de quelques milliers d’euros à plusieurs dizaines de milliers : un portrait de Paul et Nusch Éluard pris à Mougins en 1937 a atteint 18 200 €, et une grande image surréaliste 36 400 €. Sa reconnaissance a été consacrée par une rétrospective au Centre Pompidou en 2019, reprise à la Tate Modern et au J. Paul Getty Museum.

Ce qui fait le prix d’une photographie : le tirage d’époque (par opposition au tirage posthume), la signature autographe, le sujet — un grand motif surréaliste ou un portrait intime de Picasso valent plus —, et la provenance (succession, expositions).

Tirage d’époque ou tirage posthume ? La distinction qui change tout

C’est le piège le plus fréquent. Beaucoup de photographies proposées sous le nom de Dora Maar sont des tirages posthumes, réalisés après sa mort à partir de ses négatifs (souvent en édition limitée à cinq exemplaires) et portant au dos le cachet de la succession « DM 1998 » ou « DM 1999 ». Ces tirages se négocient le plus souvent entre 400 € et 1 200 €. Ils n’ont rien à voir avec un tirage d’époque signé de sa main, qui peut valoir plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros. Avant toute estimation d’une photographie, c’est la première chose à déterminer : époque ou posthume.

Les peintures et œuvres sur papier

Après la guerre, Dora Maar a peint pendant des décennies, loin des projecteurs : abstractions, paysages de Ménerbes et du Luberon, sujets religieux, natures mortes. C’est le segment le plus abondant en vente. Les huiles sur toile, les plus cotées, atteignent jusqu’à environ 9 750 € pour un paysage de Ménerbes documenté ; les huiles sur papier se situent le plus souvent entre 400 € et 3 500 € ; les encres, gouaches et aquarelles entre 120 € et 700 €. Quelques feuilles ont surpris, comme une gouache d’antilope partie bien au-delà de son estimation. La quasi-totalité de ces œuvres porte le cachet de la vente d’atelier de 1998 ou 1999 et un monogramme « DM » ou une signature. Le support (la toile prime sur le papier), le format, la qualité et la provenance font le prix.

Ne pas confondre : Dora Maar, Picasso et les portraits

C’est la confusion la plus coûteuse, dans un sens comme dans l’autre. Trois choses bien distinctes circulent sous le nom de Dora Maar. D’abord, une œuvre de Dora Maar — une photographie ou une peinture de sa main, c’est ce que décrit cette page. Ensuite, un portrait d’elle par Picasso : c’est un Picasso, un tout autre marché — le célèbre Buste de femme au chapeau à fleurs, portrait de Dora Maar, s’est vendu 27 millions d’euros — et il en existe d’innombrables reproductions « d’après Picasso » (lithographies d’atelier, procédés divers) qui, elles, valent de quelques dizaines à quelques milliers d’euros. Enfin, un objet provenant de la collection Dora Maar, qui est souvent une œuvre de Picasso lui ayant appartenu. Identifier précisément ce que l’on a entre les mains est la première étape de l’estimation.

Estimer et authentifier une œuvre de Dora Maar

Pour une photographie, l’expertise détermine d’abord le type de tirage (époque ou posthume), puis la signature, les cachets et la provenance. Pour une peinture ou un dessin, on vérifie le cachet de la vente d’atelier, la signature ou le monogramme « DM », le support et l’historique. La provenance est souvent éclairante : une grande partie du marché remonte aux ventes de la succession de l’artiste organisées en 1998 et 1999.

Nos commissaires-priseurs vous répondent à partir de photographies nettes : l’œuvre entière, la signature ou le monogramme, et surtout le dos (cachets, tampons, étiquettes), qui en dit souvent plus que le recto. Vous pouvez aussi consulter notre page dédiée à l’expertise de tableaux.

Quelques résultats observés en vente publique

Voici une sélection de résultats relevés en vente publique pour des œuvres de Dora Maar, de la peinture sur papier à la grande photographie surréaliste, qui montre l’écart entre ses deux carrières et entre tirage d’époque et tirage posthume.

ŒuvreTechniqueRésultat
La danseuse (tirage posthume, d’après un négatif de 1935)Photographie500 €
Composition abstraiteEncre sur papier540 €
CompositionHuile sur papier1 150 €
Paul Éluard (tirage posthume)Photographie1 300 €
MénerbesHuile sur papier2 480 €
André Breton à l’hôtel Vaste Horizon, 1936-1937Photographie, tirage d’époque2 500 €
CompositionHuile sur papier3 472 €
Composition géométriqueHuile sur toile8 300 €
Paysage de MénerbesHuile sur toile9 750 €
Femme dans un miroirCollage photographique rehaussé de gouache14 000 €
Paul et Nusch Éluard, Mougins, 1937Photographie, tirage d’époque18 200 €
Photographie surréaliste (sans titre)Tirage argentique d’époque36 400 €

Résultats constatés en vente publique ; selon les maisons, ils peuvent s’entendre frais inclus. Ces montants donnent une tendance, pas une estimation : seule l’analyse de votre œuvre, à commencer par la nature exacte du tirage ou du support, permet de la situer.

Faire estimer une œuvre de Dora Maar

Pour estimer une œuvre de Dora Maar, il faut d’abord savoir ce que l’on regarde : une photographie d’époque ou posthume, une peinture sur toile ou sur papier, une œuvre de sa main ou un portrait d’elle par un autre artiste. Une grande photographie surréaliste des années 1930 n’a rien à voir avec un tirage posthume ou avec une petite huile abstraite d’après-guerre. Nos commissaires-priseurs établissent une fourchette argumentée à partir de bonnes photographies, en s’attachant particulièrement aux cachets et tampons au dos.

L’estimation est gratuite et sans engagement. Pour situer Dora Maar parmi les artistes du XXᵉ siècle, parcourez notre cote des artistes.

Questions fréquentes

Une photographie de Dora Maar, ça vaut combien ?

Tout dépend du tirage. Un tirage d’époque signé de sa main se situe de quelques milliers d’euros à plus de 36 000 € pour une grande image surréaliste. Un tirage posthume réalisé d’après ses négatifs, marqué du cachet de succession « DM 1998 » ou « DM 1999 », vaut le plus souvent entre 400 € et 1 200 €.

Mon tableau « Dora Maar » est-il une œuvre d’elle ou de Picasso ?

Ce sont deux choses très différentes. Une œuvre de Dora Maar est une photographie ou une peinture de sa main. Un portrait de Dora Maar peint par Picasso est un Picasso, à la valeur sans commune mesure — l’un d’eux a atteint 27 millions d’euros. Beaucoup de « portraits de Dora Maar » en vente sont en réalité des reproductions « d’après Picasso », bien moins chères.

Que vaut une peinture de Dora Maar ?

Ses huiles sur toile, surtout ses paysages de Ménerbes, atteignent jusqu’à environ 9 750 €. Ses huiles sur papier se situent le plus souvent entre 400 € et 3 500 €, ses encres et aquarelles entre 120 € et 700 €. La plupart portent le cachet de la vente d’atelier de 1998 ou 1999 et un monogramme « DM ».

Que signifie le cachet « DM 1998 » au dos ?

C’est le cachet apposé lors des ventes de la succession de l’artiste, organisées en 1998 et 1999 après sa mort. Il atteste la provenance, mais signale aussi qu’il s’agit d’une œuvre passée par l’atelier — pour les photographies, souvent d’un tirage posthume plutôt que d’un tirage d’époque.