Combien vaut un meuble de Carlo Bugatti ?

Carlo Bugatti (1856-1940), créateur milanais du mobilier d’art le plus reconnaissable de l’époque 1900, a une cote soutenue, surtout pour ses meubles. En 2020-2026, ses pièces majeures — bureaux, trônes, cabinets, vitrines, mobilier de salon — se sont adjugées de 16 000 € à près de 60 000 €, ses sièges (chaises, fauteuils, banquettes) de 5 000 € à 22 000 €, ses sellettes, tables, guéridons et miroirs de 5 000 € à 23 000 €. À part, l’argenterie qu’il a dessinée pour Hébrard atteint de 3 000 € à 54 000 €. Attention à ne pas le confondre avec son fils Rembrandt Bugatti, le sculpteur animalier, ni avec Ettore et Jean, les constructeurs automobiles : ce sont des marchés différents.

Fourchettes de prix par catégorie

CatégorieFourchette observée en vente publique
Bureaux, cabinets, vitrines, trônes et mobilier de salon16 000 € – 60 000 €
Sièges (chaises, fauteuils « trône », banquettes)5 000 € – 22 000 €
Sellettes, guéridons, tables, étagères et miroirs5 000 € – 23 000 €
Argenterie dessinée pour A.A. Hébrard (libellules, animaux fantastiques)3 000 € – 54 000 €
Petits objets, cadres et appliques1 500 € – 12 000 €
Pièces « d’après », « dans le goût de » ou attribuéesnettement moins

Un style reconnaissable entre tous

Ce qui fait un Bugatti, c’est d’abord un vocabulaire. Bois noirci ou ébonisé, incrustations d’étain, applications d’os, cuivre repoussé et martelé, surfaces gainées de parchemin (vélin) souvent peint à la main, glands de soie : la matière elle-même signe l’œuvre. À cela s’ajoutent les formes — arcs mauresques, colonnettes, asymétrie assumée, et surtout ces dossiers de chaise en grand disque qui n’appartiennent qu’à lui.

Bugatti ouvre son atelier à Milan en 1880 et développe un répertoire qu’on a dit tour à tour orientaliste, mauresque ou « assyro-byzantin ». Sa consécration est l’Exposition internationale des arts décoratifs de Turin en 1902, où ses ensembles entièrement gainés de vélin font sensation. C’est cette période, et ces modèles présentés en exposition, que le marché recherche le plus.

Les pièces majeures, le sommet de la cote

Les prix les plus élevés vont aux meubles d’apparat : bureaux, trônes (de curule ou « tambour » à dossier circulaire), grands cabinets dits « mosquée », vitrines, et les ensembles de salon. Plus la pièce est ambitieuse, documentée et signée, plus elle monte. Un bureau de dame en parchemin peint polychrome de 1902 a atteint 59 000 €, un mobilier de salon (canapé et deux fauteuils) incrusté de cuivre 42 000 €, un grand cabinet mural en noyer et ébène 32 500 €.

Ces résultats dépassent très largement les estimations de départ — le bureau de dame était estimé 10 000 € à 15 000 € —, signe d’un marché qui paie cher la rareté et la qualité d’exécution. La signature « Bugatti » ou la plaque « Marca Depositata – Carlo Bugatti », une provenance et une publication (le meuble figurant dans un ouvrage de référence) ajoutent encore à la valeur.

Sièges, sellettes et meubles courants

C’est le cœur du marché en volume, et le point d’entrée le plus accessible. Les chaises et fauteuils « trône » à dossier en disque, les banquettes, les sellettes de présentation, les guéridons, les petites tables et les miroirs se situent le plus souvent entre 5 000 € et 22 000 € selon le modèle, le décor et l’état. Les sièges les plus emblématiques — la chaise asymétrique modèle n°326 présentée à Turin, le trône-tambour — sont les plus prisés de cette catégorie.

Deux facteurs font ici la différence de prix : la présence d’un parchemin peint (oiseaux, branchages, calligraphies) plutôt qu’un simple parchemin uni, et l’état de conservation. Le parchemin se tache, se déchire et a souvent été refait ; les glands de soie manquent fréquemment ; le cuivre s’oxyde. Une pièce dont le parchemin et la passementerie sont d’origine et en bon état vaut sensiblement plus qu’un exemplaire restauré.

Le parchemin peint et l’argenterie pour Hébrard

Vers 1902, Bugatti pousse son art vers des pièces entièrement gainées de vélin peint à la main — frises de papillons, de libellules, d’oiseaux et de fleurs rehaussées d’or. Ces meubles et miroirs, parmi les plus décoratifs, comptent aussi parmi les plus chers : un miroir gainé de parchemin à frise de fleurs a atteint 23 400 €, un tabouret en parchemin polychrome 25 500 €.

Après avoir quitté le meuble vers 1904, Bugatti s’installe à Paris et conçoit une argenterie d’orfèvrerie pour la maison A.A. Hébrard : pièces en argent et vermeil à décor de libellules, de papillons et d’animaux fantastiques, souvent rehaussées d’ivoire. Ce segment, moins connu, est très coté : une paire de pelles à bonbons a atteint 54 096 €, une suite de supports de bols en vermeil 46 368 €, un légumier 39 928 €. On lui doit aussi des objets insolites, tel un avertisseur (klaxon) « Grenouille » en bronze et laiton qui a dépassé 30 000 €.

Authentifier un Bugatti : signature, références et homonymes

L’identification s’appuie sur la signature (« Bugatti » incisé ou la plaque en laiton « Marca Depositata – Carlo Bugatti »), sur les numéros de modèle de son répertoire (par exemple le n°326 présenté à Turin en 1898 et 1902, ou le trône n°201), et sur la bibliographie : l’ouvrage de Philippe Dejean (Bugatti : Carlo, Rembrandt, Ettore, Jean, Éditions du Regard, 1981) et les études de Bossaglia et Bernabò font référence. Certains décors de vélin ont été peints par le peintre Riccardo Pellegrini, et certaines exécutions confiées à l’ébéniste Eugenio Quarti : ces collaborations sont documentées et n’enlèvent rien à l’attribution.

La prudence s’impose face aux mentions « d’après », « dans le goût de » ou « attribué à » : les copies et les meubles orientalisants nord-africains de la même époque sont nombreux et valent une fraction d’un Bugatti authentique. Surtout, il ne faut pas confondre Carlo avec Rembrandt Bugatti (1884-1916), son fils, sculpteur animalier dont les bronzes fondus par Hébrard atteignent de plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d’euros, ni avec Ettore et Jean Bugatti, les constructeurs automobiles. Le nom est le même, les marchés n’ont rien à voir. Compte tenu de ces écarts, l’expertise est indispensable.

Quelques résultats observés en vente publique

Voici une sélection de résultats relevés en vente publique, du siège courant à la pièce d’apparat, qui donne l’échelle de la cote.

ŒuvreMatériauxRésultat
Sellette à trois tablettesBois noirci, cuivre, étain, os5 410 €
Petite chaiseBois noirci et noyer, marqueterie d’os6 760 €
Fauteuil trôneBois teinté, parchemin, médaillons de cuivre7 315 €
Trône-tambour (modèle vers 1895-1900)Bois teinté et noirci9 600 €
Bonheur du jour (signé)Bois noirci, os, cuivre, étain10 997 €
Plat circulaire polylobé (avec A.A. Hébrard)Argent, décor de libellules15 456 €
Paire de fauteuilsBois noirci et noyer, parchemin21 450 €
Miroir entièrement gainé de parchemin (signé)Bois et parchemin doré23 400 €
Cabinet muralNoyer et ébène, étain, cuivre repoussé, parchemin32 500 €
Mobilier de salon (canapé et deux fauteuils)Bois, cuivre estampé, métal argenté42 000 €
Bureau de dame (vers 1902)Parchemin peint, cuivre estampé59 000 €

Résultats constatés en vente publique ; selon les maisons, ils peuvent s’entendre frais inclus. Ces montants donnent une tendance, pas une estimation : seule l’analyse de votre pièce, et d’abord de son authenticité et de son état, permet de la situer.

Faire estimer un meuble de Carlo Bugatti

Pour estimer un Bugatti, l’expertise part du type de pièce et du modèle, puis examine les matériaux (parchemin peint ou uni, qualité du cuivre repoussé et des incrustations d’étain et d’os), la signature ou la plaque d’éditeur, l’état — du parchemin et de la passementerie en particulier — et la provenance. C’est cet ensemble qui fait la valeur, bien plus que le seul nom. Nos commissaires-priseurs travaillent à partir de photographies nettes (l’ensemble, les détails du décor, la signature ou la plaque, les zones restaurées) pour proposer une fourchette argumentée.

L’estimation est gratuite et sans engagement. Vous pouvez aussi parcourir notre cote des artistes pour situer Carlo Bugatti parmi les créateurs de l’époque 1900.

Questions fréquentes

Quels meubles de Carlo Bugatti valent le plus cher ?

Les pièces d’apparat : bureaux, trônes, grands cabinets et ensembles de salon, surtout lorsqu’ils sont gainés de parchemin peint, signés et documentés. Un bureau de dame en parchemin peint a atteint 59 000 €, un mobilier de salon 42 000 €. Les modèles présentés aux expositions, notamment à Turin en 1902, sont les plus recherchés.

Comment reconnaître un meuble de Carlo Bugatti ?

Au vocabulaire : bois noirci, incrustations d’étain et d’os, cuivre repoussé et martelé, parchemin souvent peint, dossiers en disque, arcs mauresques, glands de soie. À la signature « Bugatti » ou à la plaque « Marca Depositata – Carlo Bugatti », et aux numéros de modèle de son répertoire. Méfiez-vous des mentions « d’après » ou « dans le goût de ».

Quelle différence entre Carlo et Rembrandt Bugatti ?

Carlo Bugatti (1856-1940) est le créateur de mobilier et d’objets d’art. Rembrandt Bugatti (1884-1916), son fils, est un sculpteur animalier dont les bronzes, fondus à la cire perdue par Hébrard, atteignent de plusieurs dizaines de milliers à plusieurs millions d’euros. Ettore et Jean Bugatti, eux, sont les constructeurs automobiles. Ce sont trois marchés distincts.

Comment faire estimer gratuitement un meuble de Bugatti ?

Envoyez des photographies nettes (l’ensemble, les détails du décor, la signature ou la plaque d’éditeur, le dessous et les éventuelles restaurations) ainsi que les dimensions via notre formulaire d’estimation gratuite. Nos commissaires-priseurs vous répondent avec une fourchette indicative et les points à vérifier, à commencer par l’authenticité et l’état.